Maison Picassiette

La Maison Picassiette est un exemple d'architecture naïve constitué de mosaïques de faïence et de verre coulées dans le ciment.



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Architecture naïve - Art brut - Céramique - Mosaïque - Monument historique d'Eure-et-Loir - Monument d'Eure-et-Loir - Chartres

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Maison Picassiette

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Présentation
Période ou style Architecture naïve
Architecte Raymond Isidore
Destination initiale Habitation
Propriétaire Ville de Chartres
Destination actuelle Musée
Protection  Classé MH (1983) [1]
Géographie
Latitude
Longitude
48° 26′ 31.60″ Nord
       1° 30′ 24.63″ Est
/ 48.4421111, 1.5068417
 [2]
Pays Drapeau : France France
Région Centre
Département Eure-et-Loir
Localité Chartres
Géolocalisation sur la carte : France
France location map-Regions and departements.svg
Maison Picassiette
Monument - Monuments par pays

La Maison Picassiette (ou «la Maison aux mille morceaux») est un exemple d'architecture naïve constitué de mosaïques de faïence et de verre coulées dans le ciment. Elle est localisée à Chartres.

Elle fut construite par un seul homme Raymond Isidore[3] (8 septembre 1900–7 septembre 1964), dit Picassiette.

Une fois la maison construite, pour en décorer l'intérieur, il proposa de faire des fresques représentant des vues du Mont Saint-Michel, de Chartres et de ses alentours. Il les a agrémentées de pâquerettes faites de bouts d'assiettes cassées qu'il se procurait dans les décharges publiques.

Progressivement, tout l'intérieur des trois pièces d'habitation, murs et plafonds, s'est retrouvé recouvert de fresques rehaussées de mosaïques. Le mobilier, devant quand même être déplacé à l'occasion, a été peinturluré, mais façon mosaïque. Le sol a été recouvert de mosaïques faites de débris de marbrerie.

C'est quand Picassiette n'a plus pu ajouter quoi que ce soit au sein de la maison qu'il s'est attaqué à l'extérieur et que la fresque a été totalement abandonnée au profit de la mosaïque, résistante aux intempéries.

Après l'extérieur de la maison, ce sont les allées et les murs d'enceinte du jardin qui furent l'objet de cet inlassable travail de décoration.

Selon sa veuve et ses deux beaux-fils, ses rêves nocturnes furent la source de son inspiration. L'interprétation, dans une perspective jungienne, de cette longue série de rêves, révèle un mythe christique de mort et de résurrection particulièrement pathétique.

Sa vie a été complètement consacrée à la construction ainsi qu'à la décoration de la maison et du jardin.

Sa fin de vie fut tragique dans son espace saturé de mosaïques. Son inspiration tarie, lui-même épuisé, il errait sans but, l'esprit chancelant. Par une nuit d'orage, il s'enfuit de chez lui à travers champs en proie à un délire de fin du monde. Il mourut peu après.
Malgré un succès local tardif, il ne connaîtra sa vie durant qu'incompréhension et moqueries.

Interprétation des rêves-mosaïques

Les mosaïques créées par Raymond Isidore, dit Picassiette – le Picasso de l'assiette – et non «pique-assiette», ont été inspirées par ses rêves nocturnes. Ce fait a été formellement attesté par sa veuve et par ses deux beaux-fils. Selon l'interprétation d'ensemble, ici proposée, de ces rêves-mosaïques, on voit, tout au long du parcours que réalise la succession des rêves-mosaïques, se développer deux discours. Le premier, immédiatement interprétable par chacun des visiteurs, réalise un pèlerinage de Chartres à Jérusalem, particulièrement dans la tradition chartraine et qui était le projet conscient de Picassiette. Sous ce discours «manifeste», il y a un discours «latent» que tente de dégager mon interprétation. Ce discours est «latent» car il n'est pas immédiatement intelligible pour le visiteur et on peut penser qu'il était complètement méconnu de Raymond Isidore lui-même, à la manière des rêves incompris de leur rêveur. Chez Picassiette, l'assiette est cassée. Ce qui a inspiré le balayeur du cimetière de Chartres – et non le fossoyeur, comme il est dit quelquefois – ce n'est pas l'assiette mais son débris, pas la surface intacte mais sa cassure. S'il en a fait son matériau d'élection, c'est qu'il s'y s'est vu consacré, identifié. Il a trouvé dans cette porcelaine morcelée, dispersée, jetée au rebut, une image de lui-même, un portrait à sa semblance – même si rien ne nous sert à penser qu'il ait jamais établi un lien conscient entre sa brisure intime et le choix fait des assiettes cassées pour matériau de son œuvre. Ceci nous introduits dans la problématique du multiple. Picassiette a ramassé l'assiette cassée comme on ramasse sa propre photo déchirée. Avec obstination, il a tenté de ramasser les pièces du puzzle de l'assiette originelle, de reconstituer celle-ci, de se refaire lui-même. Ce fut l'œuvre de toute sa vie. Et nous voici devant la quête de l'unité, devant une tentative d'y accéder. Dans ce parcourt, de mosaïques en mosaïques, on voit le débris d'assiette changer de statut et devenir tesselle, puis l'assiette cassée retrouver en premier lieu sa circularité, puis, dans un second temps, son homogénéité, et enfin la perdre. Mais la réunification réalisée dans et par l'œuvre de Picassiette, pour ne s'être accomplie qu'au niveau concret et matériel des mosaïques et non au plan psychique, pour n'avoir pas été prise en charge par un sujet conscient, ne s'est pas maintenue et s'est finalement dispersée, désagrégée – et dans l'œuvre et dans l'équilibre mental de l'artiste, d'où sa fin tragique. Ce qui fait l'intérêt majeur de cette épopée onirique, c'est qu'elle fait écho à une interrogation de l'humanité parmi les plus anciennes, les plus constantes, les plus actuelles : celle qui concerne la sensation de morcellement de l'être et qui tente d'y trouver apaisement par la quête de l'unité. L'ensemble des mythologies rendent compte de cette dialectique entre l'Un et le Multiple, l'ensemble des religions cherchent à y répondre, l'ensemble des philosophies y ont réfléchi. Plusieurs exemples montreront que Picassiette tient honorablement sa place dans ce concert. Dans l'Égypte pharaonique, qui peut paraître comme un comble de polythéisme, le divin, en fait, est Un dans son principe et multiple dans ses manifestations. Les spécialistes parlent d'un monothéisme à facettes. Le mythe d'Isis et d'Osiris suit un trajet dramatique comparable à celui de l'assiette cassée de Picassiette. Osiris est tué, démembré et ses membres sont dispersés. Son épouse Isis recherche les fragments éparpillés et les retrouve tous, sauf un auquel elle voue un culte. Dans ce mythe, on voit que l'abomination des abominations c'est la dispersion, l'éparpillement, le morcellement, que même les efforts d'une déesse ne parviennent pas à surmonter complètement. On voit que le morcellement est vécu comme une manière de mort et que le dieu, qui l'a expérimentée, a vocation à nous aider à surmonter cette épreuve, à ressusciter. Être morcelé, c'est d'une certaine façon être mort. Se concentrer, se réunifier, c'est revivre, c'est vivre. Le mythe christique est particulièrement superposable. Ne voit-on pas, dans l'évangile selon saint Jean, Thomas toucher les plaies du Christ, révélant que ce dernier a ressuscité avec ses plaies ? C'est particulièrement exactement ce que Picassiette nous montre, dans son appentis, lorsqu'il rétablit l'homogénéité de trois assiettes sans abolir le souvenir de la brisure, à cause de la présence du joint de ciment, témoin ineffaçable de la brisure. Il aurait tout à fait pu insérer dans sa composition trois assiettes intactes et donner l'illusion d'une restitutio ad integrum, d'un happy end. Mais non, il fallait sans complaisance donner à voir la réalité, l'irréversibilité du temps, qui mutile même les dieux Le kabbaliste Itzkhak Louria, dans Le Palais des vases brisés, décrit des processus dont l'ressemblance est frappante à ceux représentés par Picassiette dans l'évolution de ses mosaïques. Si le mystique promet au terme de l'avènement messianique, la réunification idéale, le balayeur du cimetière de Chartres, lui, nous montre ce qu'il en est , hors de toute eschatologie : il n'y a pas d'illusion à avoir, quoi qu'on fasse il y a toujours une limite indépassable qu'il nous faut accepter. Il faut toujours évoquer d'un mot la symbolique du fractionnement de l'hostie, celle du partage de la matsa juive, les expériences d'initiation des chamans qui y sont démembrés puis reconstitués, la pensée chinoise et le Tao to king (le un se divise en deux, le deux en trois et le trois en dix mille êtres. ). D'autres exemples toujours, tirés de l'histoire de la peinture moderne, seraient à développer. Enfin, psychiatres et psychanalystes ont énormément travaillé sur cette angoisse universelle liée à un vécu morcelé et multiple, tendu vers la recherche de son unité, cette fois au sein même du psychisme individuel de tout un chacun, et dès l'aube de la vie. C'est par tant de correspondances, de résonances à travers les cultures et les siècles, que l'expérience de Picassiette est en phase avec une des grandes interrogations de l'humanité, dont elle nous offre une expression pertinente et précieuse. S'il n'a pas formulé cette interrogation à partir d'une conscience réflexive, s'il ignorait être traversé par de si vastes harmoniques, il eut le mérite de nous les donner à voir. Et c'est pourquoi nous en parlons toujours ensemble…


Chronologie

À Chartres, un concours international de mosaïque[4] est organisé l'ensemble des deux ans et le prix décerné porte son nom. [5]

Notes

  1. Notice no PA00097013, sur la base Mérimée, ministère de la Culture
  2. Coordonnées trouvées sur Géoportail et Google Maps
  3. Pour lever toute ambiguïté, Isidore est le nom et Raymond le prénom
  4. Les Rêveurs de mosaïque : Prix Picassiette, premières rencontres internationales de Chartres, Éd. Association les 3R, Chartres, 1997, 64 p. (ISBN 2-9514318-0-5)  ; Les Nouveaux mosaïques : Prix Picassiette ; 2e Rencontres Internationales de Mosaïque de Chartres, Éd. Association les 3R, Chartres, 1999, 83 p. (ISBN 2-9514318-1-3)
  5. Ces informations sont extraites du livre de Paul Fuks, Picassiette, Le jardin d'assiettes, Ides et Calendes, Neuchâtel, 1992.

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes


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La version présentée ici à été extraite depuis cette source le 14/12/2010.
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