Porcelaine de Chantilly

La Porcelaine de Chantilly est une porcelaine tendre produite de 1725 à 1792 dans la manufacture créée dans la ville de Chantilly par les princes de Condé au XVIIIe siècle.



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Assiette en porcelaine tendre de Chantilly, 1753-1760.

La Porcelaine de Chantilly est une porcelaine tendre produite de 1725 à 1792 dans la manufacture créée dans la ville de Chantilly par les princes de Condé au XVIIIe siècle. La production reprend après la Révolution de manière irrégulière jusqu'en 1870.

Histoire

Dès le XVIIe siècle, l'Europe cherche le secret de fabrication de la porcelaine, pour diminuer les coûteuses importations d'Extrême-Orient. Chantilly devient un des premiers lieux de production de la porcelaine en France, sous l'impulsion de Louis IV Henri de Bourbon-Condé, d'autre part bâtisseur des Grandes Écuries.

La création de la manufacture

En 1725 un chimiste, du nom de Cicaire Cirou, met au point pour le duc de Bourbon une pâte de porcelaine tendre, c'est-à-dire sans kaolin, mais se distinguant de la faïence par son aspect translucide. Cette pâte est obtenue à partir de matériaux extraits des sols de la région (marne de Luzarches, sable d'Aumont, etc. ) et de poudre d'os broyés. Cuite à plus basse température que la porcelaine dure, elle permet l'usage de d'une gamme de couleurs sous couverte bien plus variée.

Un dessinateur, Jean-Antoine Fraisse, venu de Grenoble à la demande du Prince, est en même temps chargé de relever les décors orientaux, tels les motifs polychromes japonais du style " Kakiémon " dans un grand livre aquarellé conçu pour servir de source d'inspiration aux décorateurs. Il s'inspire probablement pour cela des décors présents dans les riches collections princières.
Un exemplaire de ce livre est actuellement conservé par la bibliothèque du Musée Condé[1].

Le duc de Bourbon fait bientôt construire une manufacture dans une rue de Chantilly alors nommée rue du Japon, et devenue actuellement la rue de la Machine. En 1735, Louis XV accorde pour vingt ans un privilège à Cicaire Cirou qui se voit autorisé à produire "une porcelaine fine de toutes couleurs, espèces, formes et grandeurs à l'imitation du Japon. ".
Le procédé de fabrication est perfectionné, grâce à l'action de Claude Humbert Gérin, qui parvient à mettre au point un pâte plus blanche en ajoutant de l'alun calciné dans la fritte. Il réussit à obtenir une porcelaine tendre d'un blanc parfait.

Les aléas de la production à Chantilly

Après la mort du duc de Bourbon en 1740, les commandes se font plus rares et la production diminue. L'intendant des finances Jean-Louis Henri Orry de Fulvy lui prend ses meilleurs ouvriers, les frères Robert et Gilles Dubois, Claude Humbert Gérin ou encore Louis François Gravant, pour fonder la Manufacture de Vincennes qui se transporte ensuite à Sèvres.
La manufacture royale de Sèvres bénéficiant par privilège de l'exclusivité des procédés les plus intéressants et des découvertes les plus récentes, Chantilly ne peut longtemps soutenir la comparaison avec sa rivale : elle se voit ainsi interdire l'emploi de la polychromie puis des ors.

A partir de 1751 le nouveau directeur, Bucquet de Montvallier, qui avait déjà délaissé les motifs d'inspiration japonaise au profit d'un décor floral polychrome, adopte un nouveau style en camaïeu de bleu, dit " à la brindille ", proche des décors sur faïence. En 1768, la découverte du Kaolin de Saint-Yrieix, près de Limoges, permet enfin à Sèvres, qui en obtient l'exclusivité, de réaliser des porcelaines en pâte dure, plus proches des modèles orientaux.

La porcelaine de Chantilly continue cependant d'être produite en pâte tendre jusqu'en 1792, malgré ses nombreuses imperfections techniques. A cette date, un Anglais, Christophe Potter, rachète la manufacture pour y faire de la faïence. La fabrication de porcelaine reprend après la Révolution et se maintient jusqu'en 1870.

Caractères stylistiques

Bol à décor orientaliste, porcelaine tendre de Chantilly, 1725-1755, Musée des arts décoratifs, Paris

Elaboration des formes et du décor en relief

Les formes de Chantilly pouvaient être élaborées par coulage ou estampage, ou alors par tournage. Après une première cuisson dite de dégourdi, la pièce était trempée dans un bain d'émail, puis cuite à particulièrement haute température pour obtenir la porcelaine. Une première forme de décor pouvait être posée en relief par pastillage ou poinçonnage, surtout pour les prises en forme de lézard, fleurs de volubilis, etc.

Le décor peint

Les motifs de style Kakiémon (fleurs, oiseaux, cailles, échassier, renard à la haie, jeux d'enfants... ) sont tracés spontanément en brun sur émail cuit, avec une plume ou d'un fin pinceau trempé dans un mélange de couleurs vitrifiables diluées dans l'eau sucrée. Puis on pose les cinq couleurs de la palette (rouge capucine, jaune pâle, vert tilleul, vert d'eau, bleu... ) avec un pinceau à remplir. Ces couleurs sont diluées dans un mélange d'essence de térébenthine plus ou moins grasse, pour ne pas dissoudre le tracé et d'obtenir le modelé et les transparences désirées. Comme en Extrême-Orient, le vide blanc structure et organise la composition, le plus souvent asymétrique. Le décor sera ensuite cuit à 800° pour être fixé dans l'émail.

Marques et signatures

La marque de la porcelaine de Chantilly est le cor de chasse, peint au revers de la pièce. On dénombre plusieurs types de cor de chasse tout au long du XVIIIe siècle sans pour tout autant pouvoir établir une typologie. Ils sont de couleur bleu, vert ou orange, sous vernis. Ils sont souvent accompagnés d'une lettre qui indique la série de la pièce[2]. On peut quelquefois aussi observer des noms inscrits, correspondant à la comptabilité des pièces fabriquées par les ouvriers.

Céramistes et peintres actifs à la manufacture

Collections présentes dans les musées

Musée Condé, salle des porcelaines (Chantilly, France)

Plusieurs musées conservent des pièces de porcelaine de Chantilly dans leurs collections :

En dehors de la France, on retrouve aussi certains pièces présentes dans les collections de plusieurs musées internationaux :

Production actuelle

Plus aucune production de porcelaine n'est réalisée à Chantilly. Par contre, un porcelainier de Limoges maintient une production de décors imités de la produit du XVIIIe siècle réalisés à la main dans la ville de Chantilly, sur des pièces fabriquées dans le Limousin. Ces pièce sont commercialisées sur place ou par correspondance[15].

Notes et références

  1. Publié en 1735. On ne connait actuellement que 13 exemplaires de ce Livre des desseins chinois, tirés selon des originaux de Perse, des Indes, de la Chine et du Japon.
  2. Jules Greslou, Recherches sur la céramique : Suivies de marques et monogrammes des différentes fabriques, Imprimerie de Garnier, Paris, 1863, 278 p. [lire en ligne], p.  138 
  3. base de donnée des œuvres du XVIIe-XVIIIe siècle sur Centre de documentation du musée des arts déco. Consulté le 14 novembre 2009
  4. Notice de porcelaines exposées dans les salles du musée sur base Atlas sur le site du musée du Louvre. Consulté le 14 novembre 2009
  5. La porcelaine tendre, boîte ouverte sur Musée national de céramique - Sèvres. Consulté le 14 novembre 2009
  6. Liste des pièces de porcelaine de Chantilly du musée d'art et d'archéologie de Senlis sur Base Joconde du ministère de la Culture. Consulté le 14 novembre 2009
  7. Liste des pièces de porcelaine de Chantilly du musée Gallé-Juillet sur Base Joconde du ministère de la Culture. Consulté le 14 novembre 2009
  8. Notice d'un service de porcelaine sur Base Palissy du ministère de la Culture. Consulté le 14 novembre 2009
  9. (en) Tea Parties at the Museum... The Collector J. H. Fitzhenry and his Relationship with the V&A Museum sur V&A Museum. Consulté le 7 juin 2010
  10. Search the collections : Chantilly Porcelain sur V&A Museum. Consulté le 7 juin 2010
  11. British Museum Collection database search. Consulté le 7 juin 2010
  12. Jar [French; Chantilly (50.211.121) ] sur Metropolitan Museum. Consulté le 7 juin 2010 et Movement by Étienne I Le Noir : Cartel, or Wall Clock (1982.60.84) sur The Metropolitan Museum of Art. Consulté le 7 juin 2010
  13. Chantilly Porcelain Manufactory sur The Getty. Consulté le 7 juin 2010
  14. collection online : manufacturer Chantilly Porcelain Factory sur The Cleveland Museum of Art. Consulté le 7 juin 2010
  15. Porcelaine décorée : porcelaine de Chantilly sur Maison de la porcelaine. Consulté le 4 janvier 2010

Voir aussi

Bibliographie

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